Chronique

Chronique: « L’aube à Birkenau de Simone Veil » par David Teboul

couv47412172

Coucou les lecteurs!

Aujourd’hui je vous présente mon premier coup de cœur de l’année 2020 avec ce livre que j’ai découvert par hasard. En effet, c’est à la caisse de la librairie que j’ai rencontré une femme âgée qui était une fille de déportée et qui me l’a conseillé. On a beaucoup discuté ensemble sur ce camp qu’elle a visité plusieurs fois avec sa mère. Et quelle découverte j’ai faite grâce à elle!


rc3a9sumc3a9

« La guerre avait fauché une génération. Nous étions effondrés. Mon oncle et ma tante avaient beau être médecins, ils ne possédaient plus rien. Leur clientèle avait disparu. Leur maison avait été pillée. Leurs économies avaient fondu. Le lendemain de mon arrivée à Paris, comme ils n’avaient ni argent ni vêtements à m’offrir, c’est une voisine qui m’a secourue avec une robe et des sous-vêtements. Il régnait dans la maison une atmosphère de désolation. Il n’y avait plus le moindre meuble. Les miroirs avaient été volés, à part ceux qui étaient scellés aux murs et que les pillards n’avaient pas pu emporter. Je faisais ma toilette matinale devant un miroir brisé par une balle. Mon image y apparaissait fissurée, fragmentée. J’y voyais un symbole. Nous n’avions rien à quoi nous raccrocher. Ma soeur Milou était gravement malade, mon oncle et ma tante avaient perdu le goût de vivre. Nous faisions semblant de vouloir continuer. » Simone Veil raconte son enfance, sa déportation, et l’impact de cette épreuve dans sa vie.

Éditeur: Les Arènes

Prix: 20 euros

Nombre de pages: 281 pages


mon-avis

Tout d’abord, je ne connaissais quasiment rien de la vie de cette femme hormis son poste de ministre de la santé, son rôle par rapport à la la loi de l’IVG et j’avais un vague souvenir d’avoir lu des extraits au collège à propos de son arrivée à Birkenau. J’ai donc complètement découvert la vie de cette femme et de sa famille. Ce livre est parsemé des photos de famille et d’interviews de Simone, de sa sœur et d’amis déportés. Il peut sembler court mais rassurez-vous ses 280 pages vont vous mettre une claque! Surtout lorsque vous voyez que sur toute sa famille uniquement Simone et deux de ses sœurs sont revenues vivantes, étant d’une famille composée de trois filles, un frère, une mère et un père.

simone-veil-une-jeune-fille-en-enfer

Il faut savoir que Simone Veil est la petite dernière de sa famille et elle n’a pas vraiment connu la prospérité familiale du début des années 30 contrairement à ses sœurs, son frère et ses parents. Fille d’un architecte, ancien prisonnier de guerre durant 14-18, animé par une profonde haine des allemands et d’une mère au foyer aimante, prête à aider tous les enfants du quartier. Simone grandit donc à Nice dans un petit appartement plutôt modeste car son père ne gagne plus aussi bien sa vie notamment au début de la seconde guerre mondiale. Néanmoins, les enfants sont heureux et Simone se décrit comme une jeune fille un peu futile et capricieuse qui ne comprend pas la chance qu’elle a de vivre dans ce cocon familial par les temps qui court.

Un jour, Simone sort avec des amis pour fêter la fin du bac et se fait arrêter en pleine rue avec ses papiers juifs. Le hasard fera que sa mère, sa sœur la plus âgée Milou et son frère Jean seront aussi déportés en même temps qu’elle. Elle avait 17 ans…

Toutes les trois seront déportées à Birkenau. Le frère, Jean devait rester pour servir de main d’oeuvre à la construction du mur de l’Atlantique plutôt que d’aller aux camps. Malheureusement, son père le rejoint quelques jours plus tard à Drancy et ils seront tous les deux déportés et exterminés à Kaunas. L’autre sœur, Denise était une résistante mais elle sera, elle aussi déportée à Ravensbrück et reviendra peu de temps avant ses deux sœurs en France (son interview est présente dans le livre).

 

Simone Veil et ses proches interrogés décrivent donc la vie aux camps et surtout l’incompréhension qu’ils ressentaient au quotidien. LA question que l’on a posé à Simone lorsqu’elle est revenue en France était: Qu’est-ce que tu as fait pour survivre? Une question à laquelle elle n’a pas de réponse. Elle ignore pourquoi une déportée lui offrait des robes du Canada (les vêtements volés des déportés avant les douches), pourquoi une responsable de Birkenau l’a transféré à l’usine Siemens à côté de Birkenau, pourquoi cette même femme à la réputation ignoble qui fut pendue à la fin de la guerre a sauvé sa mère des douches en allant contre l’avis de Josef Mengele, pourquoi les déportés terrassaient des champs sans raison, pourquoi ils transportaient des pierres ou des rails dans des champs loin de tout… Ce livre souligne l’incompréhension que les déportés côtoyaient au quotidien et cet aspect est très intéressant car quel déporté peut expliquer précisément comment ou pourquoi il a survécu?

 

Un autre aspect de ce témoignage qui m’a beaucoup plu et qui manque cruellement dans les mémoires sur les camps en général, c’est le fait qu’elle nuance son vécu. Simone Veil ne cache pas qu’au sein même des camps, les déportés ne s’aidaient pas forcément en fonction de la « raison » pour laquelle le déporté était présent s’il était communiste, résistant ou juif. Durant ses premiers jours, elle se cachait entre les baraquements pour trouver d’autres françaises. Elle est tombé sur des résistantes françaises qui ont refusées de l’aider car « elle n’avait rien fait pour son pays, elle! ». De plus, elle ne cache pas la violence des camps où l’on vole des habits ou un drap en sachant pertinemment que la personne va mourir à cause de ce vol. Elle condamne les films sur les camps un peu light à son goût qui reste en surface et ne montre pas la réelle violence. Malgré tout, les camps et le quotidien d’un déporté restent des choses inimaginables pour une personne extérieure, selon elle. Visiter Birkenau aujourd’hui n’a rien à voir avec la vision d’horreur de son arrivée en 1944. Après avoir été transférée dans plusieurs camps et après le décès de sa mère, elle et sa sœur Milou sont revenues en France. Là aussi, elle nuance le comportement des français face aux déportés. Lorsqu’elle se promenait et que son tatouage était visible des personnes faisaient des remarques comme « Mon dieu! Il en existe encore, il ne sont pas tous morts?! ». Des mots violents à entendre après ce qu’elle a vécu. Simone Veil souligne le clivage entre les déportés et les français ayant vécus la guerre, ils ne se comprenaient pas et la cohabitation était difficile. Heureusement, Simone est devenue très forte à cause de ces années en camps et l’après Birkenau n’était rien en comparaison pour elle. Néanmoins, Simone Veil critique fermement la position selon laquelle les français étaient tous des collabos: 30% des enfants français juifs ont été déportés en France, aux Pays-Bas 80% et en Grèce il ne reste quasiment rien des juifs Salonique. Elle prend aussi l’exemple du Vél d’Hiv où 13 000 personnes furent arrêtées au lieu de 25 000. Elle rend hommage aux Justes dans ce livre en soulignant leur courage.

 

Dans ce livre, elle n’évoque pas beaucoup sa vie comme femme politique. Si cet aspect de sa vie vous intéresse, ce livre vous laissera sur votre faim. Simone Veil traite plutôt rapidement de sa vie d’épouse et de mère, de son travail et de son accession au poste de ministre de la Santé.

 

En conclusion, je ne peux que vous conseiller ce livre qui est une de mes meilleures lectures sur les camps et sûrement de l’année 2020! Un gros coup de cœur!

Ma note: 20/20

coup-de-coeur

Bonnes lectures!

Un commentaire sur “Chronique: « L’aube à Birkenau de Simone Veil » par David Teboul

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s